
01. Salut I2LAN ! Tout d’abord, merci à vous d’avoir accepté cette interview! Peux-tu te présenter pour les auditeurs qui ne te connaitraient pas?
J’ai 23 ans et je suis né à Caen en Normandie. J’ai grandi avec la musique, ma mère en écoutait beaucoup, et elle m’a d’ailleurs poussé à jouer de certains instruments. Du coup, j’ai fait un peu de piano, de saxophone, etc. J’écris et rappe depuis près de 10 ans maintenant, et je ne m’en lasse pas ! (rires)
Je suis arrivé sur Paris il y a un peu plus de 4 ans. Je venais d’avoir 19 ans, et je suis venu ici pour tenter de vivre de ma musique parce qu’à Caen, c’était compliqué…
02. Quelles sont tes influences musicales et comment en es-tu venu au Rap ?
Chez moi j’entendais de la Soul, du Jazz, du Blues… Aretha Franklin, Otis Redding, Miles Davis, Rose Royce, Marvin Gaye…
Mais mon frère écoutait du rap, le genre de titres qu’on considère aujourd’hui comme des classiques, et à vouloir faire comme lui, je suis devenu passionné de rap. J’ai été bercé par des albums comme « Entre Deux Mondes » de Rocca, l’« Opéra Puccino » d’Oxmo, « Original Mc’s » d’Idéal J, « 3X plus Efficace » des 2Bal 2Neg, toute la grande époque du Time Bomb, l’« Heptagone » d’ATK…
03. Ton Blaze correspond-il à ton prénom, à savoir ILLAN ? Pourquoi ce choix, à l’heure où pratiquement tous les blazes des Rappeurs français sont des pseudos ?
En fait, quand j’ai commencé à rapper, on m’a appelé I.2L ou ILL… Mais quand j’ai su que je voulais être rappeur, je ne voulais pas qu’il y est de quiproquos ou de confusion avec ILL des X-MEN, même s’il est trop fort !!! (rires). Et je voulais un truc qui me ressemble vraiment, sans artifices, j’ai donc épeler mon nom et ça donne I.2L.A.N… Ça me semble parfait, et en accord avec moi même !!!
04. Tu as signé dans le label FAMILY RECORDZ, label de DJ SIMPLE JEE (ancien producteur et DJ de la SCRED CONNEXION entre autres). Comment vous êtes-vous rencontrés, et comment avez-vous été amenés à taffer ensemble ?
Rectification !!! FAMILY RECORDZ c’est le label que nous avons créée ensemble avec SIMPLE JEE et son frère DESS. J’ai rencontré JEE en 2003, c’est un pote MEMED, qui me l’a présenté. Quand je suis arrivé chez JEE, je ne savais pas qu’il avait participé à autant de projets !!! La SCRED, ATK… Bref que des bons artistes que j’écoutais et dont je respectais le travail depuis le début. Puis de fil en aiguille, le courant est bien passé, on est devenu des potes et on a réalisé ensemble mon premier E.P « 1ère Impression ». Ce premier projet avait reçu de bonnes critiques à l’époque, donc on a continué à bosser ! On a enchaîné sur l’album « Témoins du Monde » sans perdre de temps et en parallèle, on a eu envie de créer une structure pour sortir nos projets. L’état d’esprit étant familial et musical, on a décidé d’appeler notre label FAMILY RECORDZ.

05. Passons à présent à ton actualité, à savoir la sortie de ton 1er album solo, intitulé « Témoins du Monde ». Comment as-tu abordé son élaboration ? As-tu commencé à la préparer tout de suite après la sortie de ton EP « 1ère Impression » ?
Je venais de terminer « 1ERE Impression », et JEE m’a dit: « il faut battre le fer tant qu’il est chaud!» (rires)
Alors on a commencé l’album direct, mais je dois dire que les choses se sont faites naturellement sans pression…au feeling ! On voulait un album artistique, musical, engagé, et surtout Hip Hop
06. Les retours sur ton EP avaient-ils été positifs ? T’avaient-ils permis d’envisager sereinement ton album ?
Après « 1ère Impression », on m’a beaucoup encouragé à continuer, d’ailleurs c’est à ce moment-là que les choses se sont débloquées ! Quand tu as du concret entre les mains, tu peux commencer à faire découvrir ta musique et ton univers, donc les choses s’accélèrent. J’avais suffisamment confiance en moi et en SIMPLE JEE pour envisager un album derrière… Mais de là à dire que j’étais serein… non!
Je savais que j’étais reparti pour une année de boulot et de sacrifices !
07. Concernant le titre, pourquoi avoir choisi de mettre le mot « témoin » au pluriel, alors que c’est ton album et que tu es le témoin qui nous offre sa vision du monde ?
Cet album, il est personnel et universel à la fois ! Je m’explique. Ce que je vois, tout le monde le voit. Je n’invente rien, tout le monde est concerné : on est tous témoins du monde qu’on le veuille ou non!
Mon rap s’adresse à tous, j’ai des messages à faire passer au plus grand nombre !
Mes expériences personnelles peuvent être celles des autres, je rappe la vie et je veux que les gens se retrouvent dans mes paroles. Certes, c’est mon album et c’est ma vision du monde, mais j’ai des choses à partager.
08. DJ SIMPLE JEE est le principal producteur de ton album, avec BARIO qui a produit 2 morceaux. Pourquoi avoir fait ce choix, et n’avoir pas voulu d’autres producteurs éventuellement ?
Je voulais mener ce projet à terme avec JEE… « Témoins du Monde », c’est avant tout une aventure humaine ! Ce sont deux potes passionnés par la musique, qui décident de faire un album avec les moyens du bord! JEE} est un très bon beatmaker, il avait vraiment envie de s’investir et artistiquement, on est sur la même longueur d’onde donc le choix s’est fait naturellement. BARIO, c’est un beatmaker de Lyon que JEE connaît. Il fait de bonnes prods, donc on a pensé à lui. S’il n’y a pas eu d’autres producteurs dans l’album, c’est surtout parce qu’on en a pas ressenti le besoin ou la nécessité.
09. Il n’y a que 2 featurings sur ton album : SALOON et LUNA ESPERANZA. Voulais-tu un album très personnel ? Ou n’as-tu pas trouvé de feats qui te correspondaient et auraient pu aborder les thèmes que tu as traité dans « TÉMOINS DU MONDE » ?
SALOON et LUNA sont des potes. L’un rappe franchement bien et l’autre a une voix incroyable !
Je leur ai proposé d’intervenir dans l’album, ils ont accepté, et je les remercie pour leur participation ! Je voulais un album certes personnel parce que c’est le premier, mais c’est surtout que les rappeurs que je voulais inviter n’étaient pas dispo.
10. Dès l’intro, tu plantes le décor de ce que sera ton projet, dans une vibe très hip-hop qui manque un peu à l’heure actuelle. Que signifie l’expression qui intervient dans cette interlude, à savoir « le Syndrome de Mozart » ?
C’est une maladie que j’ai chopé quand j’étais petit! (rires) Le Syndrome de Mozart, c’est quand tu ne peux pas te passer de la musique, que tu en fais tout le temps, quand il y a plus que ça qui compte, peu importe le temps passé à travailler, peu importe les sacrifices… La passion l’emporte sur la raison !

11. Dans le morceau « Optimiste et Confiant », tu parles de ton amour de la musique et du Hip-Hop. Penses-tu que la mentalité soit encore vivante aujourd’hui ?
Je pense qu’elle en a pris un coup, mais il y aura toujours des puristes pour nous rappeler ce qu’est le vrai Hip-Hop.
12. Dans le morceau « 13 Juillet 1993 », tu racontes la disparition de ton père, emporté par un cancer. L’écriture de ce morceau a-t-elle été une thérapie pour toi ?
Oui, ce titre fut une vraie thérapie pour moi. J’avais besoin d’exorciser certains souvenirs douloureux de mon enfance et de rendre hommage à mon père. Je pense que c’est une thérapie pour tous mes proches, mais également pour ceux qui ont perdu un être cher dans leur vie !
13. « Ernesto » est un morceau dans lequel tu t’identifies à Ernesto Che Guevara. Est-ce un modèle pour toi ?
Le CHE, ce n’est pas un modèle pour moi, c’est juste un personnage qui me fascine ! Je trouve ça incroyable que 40 ans après sa mort, il soit resté l’icône de la révolution mais pas seulement à Cuba, dans le monde entier ! Je pense que la jeunesse a besoin de ce genre de références pour qu’elle apprenne à dire non !
14. Que penses-tu des dérives sur son image, qui en font un produit marketing, alors qu’il est censé être un révolutionnaire anti-capitaliste ? Comment peut-on encore s’en réclamer à son image, qui est loin d’être aussi reluisante qu’elle peut sembler ?
Les dérives, il fallait s’y attendre. Le mec est mort, donc personne ne peut gérer son image. Certains ont vu en lui une mine d’or, et effectivement je ne pense pas que c’est ce qu’il aurait voulu, donc c’est moyen d’en avoir fait un produit marketing !
Le CHE fut un révolutionnaire et comme dans toutes les révolutions, il y a des atrocités mais ses valeurs et ses opinions étaient humaines. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il est encore le symbole de la contestation, aujourd’hui on aurait bien besoin d’un CHE GUEVARA.
15. Pour le morceau « La Chanteuse du Piano Bar », t’es-tu inspiré de quelqu’un que tu connais ?
C’est le piano de ce titre qui m’a raconté l’histoire de la Chanteuse du Piano Bar. J’ai tout de suite imaginé le scénario. Quelques références me sont venues à l’esprit, genre Tex Avery, les films retraçant les années 30, la prohibition… Cette chanteuse sort tout droit de mon imagination !

16. Dans le morceau « Le Temps d’une Vie » (en feat avec SALOON), vous énumérez ce qui peut se passer le temps d’une vie. Qu’aurais-tu fait si tu n’avais pas eu le Rap pour combler ta vie ?
Je ne sais pas vraiment, mais je pense que j’aurais pu mal finir. Le Rap à été comme une bouée de sauvetage ! Je n’avais pas beaucoup d’ambition et n’aimais pas grand chose à part le son, donc le Rap a été un moteur pour moi. J’ai du mal à imaginer ce que j’aurais pu être sans la zik…
17. Ton projet est sorti fin Mars 2008, quels ont été les retours du public et des médias spé entre la sortie et maintenant ?
On n’a pas à se plaindre pour des indépendants en autoproduction ! Le public a vraiment aimé l’album et les medias ont bien fait tourner l’album ! On a eu environ 50 retours positifs de radio spé qui nous ont diffusés en playlists ou en rotation, et la presse nous a accordé quelques chroniques et autres interviews… [Rap Mag, Fumigène, Univers Demain, etc.]
18. As-tu d’autres projets en cours ? (album, featurings, featurings, etc.)
D’autres projets sont à venir. Une Street Tape avec beaucoup de featurings, et je suis invité sur d’autres projets, type street-album…
19. Je te remercie du temps que tu m’as consacré et je te laisse donc le mot de la fin!!!
Le mot de la fin ce sera : « À tous les indés qui galèrent, les autoprods, poseurs de proses, et aux artistes en alertes, beatmaker, graffeurs, acteurs d’la culture sur l’ terrain, rappelons leurs qu’être Hip Hop… c’est construire de belles choses avec rien».
Plus d’infos sur : http://ww.myspace.com/i2lanmusic
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