
01. Salut LA FABRIK! Tout d’abord, merci à vous d’avoir accepté cette interview! Pouvez-vous vous présenter, en tant que groupe et individuellement, pour les auditeurs qui ne vous connaitraient pas?
OCKNEY : LA FABRIK est un groupe originaire de l’Essonne composé de 4 membres : DUCE, OCKNEY, DIKENS (rappeurs) et JERRICAN (rappeur/compositeur). Le groupe existe de puis 1998/99, mais on rappait déjà depuis quelques années dans d’autres formations : REZO CACHE pour DUCE & moi, DIKENS & JERRICAN formaient le groupe ILLEGAL CONCEPT et faisaient partie du collectif DU SANG NEUF UN. Au début on était 6, il y avait deux autres rappeurs : OPUSTAF et DEBA mais nos chemins se sont séparés depuis.
02. Comment en êtes-vous venus au Rap? Et quelles sont vos influences musicales?
OCKNEY : Moi j’ai commencé par écouter Mickael Jackson et tout de suite après du rap. J’écoute principalement du rap ‘east coast’ et du rap français. DUCE est un peu comme moi.
JERRICAN : Au départ j’écoutais un peu de tout et n’importe quoi, du Michael Jackson, de la pop des années 80-90. Puis mon frère a commencé à ramener des cassettes de rap américain style Public Enemy, Fu-Schnikens, LL Cool J. Il écoutait aussi les freestyles rap français sur Radio Nova au début des années 90 où il y’avait les débuts d’NTM, Les Little, Assassin, etc… J’écoutais avec lui et j’ai fini par adhérer au truc.
Mais je t’avoue que vu la gueule du rap d’aujourd’hui, je me suis tourné vers d’autres styles musicaux comme la lounge music, soul, funk, house et jazz. C’est plus intéressant et plus riche musicalement. De plus, contrairement au rap, ces musiques évoluent dans le bon sens et non à l’inverse.
DIKENS : J’ai grandi à Vitry sur Seine, dans mon quartier, il y avait pas mal de groupes, dont Les Littles, Sté… C’est la que je me suis intéressé a cette musique. Mais c’est en arrivant dans le 91 que j’ai écrit mes premiers textes. J’écoute tous style de musique, mais je suis plutôt West Coast, Gangsta Rap…
03. Pourquoi avoir choisi ce nom de ‘LA FABRIK’ ?
OCKNEY : C’est un pote à nous qui l’a trouvé, on a trouvé que ça sonnait bien, on l’a gardé.
04. L’actualité de votre groupe, c’est la sortie de votre premier album éponyme (disponible depuis Avril/mai en numérique et bientôt dans les bacs, ndlr). Depuis quand travaillez-vous sur ce projet ? Et pourquoi avoir choisi de sortir un projet sans être très connu, vu la conjoncture actuelle pour l’Industrie musicale et Rap plus précisément ?
OCKNEY : Ca fait à peu près deux ans qu’on est dessus. On avait commencé par enregistrer des morceaux pour faire un maxi vinyle mais finalement on s’est dit que ça serait plus simple de faire un CD : ça revient moins cher et puis c’est un support beaucoup plus accessible que le vinyle.
On a fait cet album pour se faire plaisir avant tout. Ca fait plus de dix ans qu’on rap et on avait jamais rien sorti. Maintenant c’est fait ! On laisse notre trace dans l’histoire du rap.
Quand on a commencé à travailler sur l’album, on ne s’est jamais posé la question de savoir si ça allait vendre ou pas. Le but c’était de faire un album qui nous plaise d’abord à nous et qui représente bien ce qu’on est et ce qu’on aime faire.
JERRICAN : Puis c’est sur que c’est risqué de faire un album qui n’est pas dans la tendance actuelle mais on s’en fout. On fait ce qu’on aime, c’est-à-dire du rap de base à l’ancienne
05. Afin de faire connaître un peu plus votre univers, vous avez sorti successivement 2 projets en Téléchargement Gratuit (Ep « Fonds de Tiroir » & Maxi 2 titres « Art du Béton »). Quels ont été les retours ?
OCKNEY : Assez positifs dans l’ensemble, même si pour le maxi on nous a reproché de mettre en avant deux titres assez « freestyle », de faire passer la forme avant le fond. Avec le recul, je suis assez d’accord avec ça surtout qu’on avait des morceaux à thème qui auraient pu convenir.
JERRICAN : En fait le but de ce 1er maxi, c’était surtout pour mettre en avant la technique lyricale du groupe, c’est-à-dire phases, jeux de mot et tout ce qui va avec. Ca se fait rare maintenant des Mcs techniques dans le rap et c’est bien dommage. Mais je pense qu’on sortira un 2ème maxi toujours en téléchargement gratuit qui sera composé de morceaux à thème. Mais pour « Fonds de Tiroir » on a eu de bons retours.

06. Revenons au présent et à votre album « LA FABRIK ». Au niveau des productions, on note l’unique apparition de JERRICAN (rappeur et beatmaker au sein de LA FABRIK). Pourquoi ce choix ?
OCKNEY : Pourquoi aller chercher ailleurs alors qu’on a déjà tout ce qu’il faut chez nous ! Les prods de JERRICAN sont variées, il y a différentes ambiances et puis surtout, il fait ce qu’on aime.
Aujourd’hui, la plupart des producteurs suivent les modes et au final, tous les albums qui sortent sonnent pareils.
07. Il n’y a pas de featurings sur cet album, je suppose que vous avez voulu faire un album plus personnel dans le fond. Au niveau de la forme, le groupe est constitué de 4 rappeurs, mais on ne vous retrouve que sur quelques morceaux tous ensembles. Pourquoi ce choix ?
OCKNEY : Il n’y a pas de featurings sur cet album parce qu’on voulait se faire connaître par nous même.
On avait envie que les gens nous écoutent pour nous, pas parce qu’il y a le nom d’une tête d’affiche écrit en deux fois plus gros que notre nom sur la pochette, même si on sait que c’est comme ça que ça marche.
Sinon, effectivement on n’a pas beaucoup de morceaux ou on est tous les 4. On écrit chacun dans notre coin et on n’est pas toujours tous d’accord sur les thèmes abordés alors ça finit par un solo ou un morceau où on est que deux ! Et puis il y en a qui écrivent plus que d’autres…
JERRICAN : Et y’a aussi le fait que je n’écris quasiment plus aujourd’hui. Maintenant ce qui m’intéresse c’est la prod, je me consacre uniquement à ça. Ce qui ne m’empêche pas, si un thème m’inspire, de gratter un seize et de rapper sur le morceau.
Pour ce qui est des featurings comme l’a dit OCKNEY, on veut se faire connaitre par nous même, pas besoin d’une tête d’affiche. On est un peu dans l’esprit des années 90 où quand des groupes de rap faisaient leur apparition, il n’y avait pas de feats externes à leur équipe, c’était uniquement eux. Ils avaient leurs Mcs et leur Beatmaker. Maintenant tout le monde cherche à avoir des gars du moment, des grands noms pour leur projet, histoire d’attirer l’attention et c’est ce qui est dommage parce que si vraiment tu as du potentiel tu peux réussir seul, sans grosse tête sur ton disque.
08. Le mix de l’album a été particulièrement travaillé. En effet, quand on l’écoute, on a l’impression d’écouter un vinyle, avec grain particulier et les grésillements associés. Pourquoi avoir fait un mix de la sorte, qui est très agréable à l’écoute ?
JERRICAN : On voulait que ça sonne comme un disque vinyle des années 80. C’est pour ça qu’au niveau des samples que j’ai utilisé on a fait aucun nettoyage au mixage, on les a laissé telle qu’elle histoire de garder un petit coté {« crade »}. On a tjrs aimé la sonorité du vinyle, alors on s’est dit pourquoi pas faire sonner l’album de la même manière
09. Dans le morceau « C’est Moi », DUCE, tu t’’identifies à 3 éléments particulièrement répandus aujourd’hui : argent, shit, violence, le tout traité avec originalité sans tomber dans les clichés. Comment t’est venue cette thématique et la façon de l’aborder sans tomber dans le ‘déjà fait’ ?
DUCE : Bah comme tu dis ces trois éléments sont tellement proches de nous au quotidien que j’ai voulu les personnifier. J’utilise la première personne pour accentuer la proximité que j’ai avec ces trois entités. Je les côtoie tellement régulièrement que j’ai l’impression que c’est moi, d’où le titre. Pour ce qui est de la forme, y a tant de choses à dire là-dessus que c’est plus dur d’être cliché qu’autre chose. J’aurais pu faire trois solos avec ce thème mais là, y aurait certainement eu quelques clichés.
10. Le morceau « Quelqu’un de Bien » est bien traité également, et le titre parle de lui-même. OCKNEY, est-ce une manière d’expier tes démons ? Ou de faire le bilan sur ta personnalité ?
OCKNEY : Ni l’un ni l’autre. Tout ce que je voulais dire c’est que, comme tout le monde, je suis loin d’être parfait mais j’essaie de faire ce qui me semble bien. Mais bon entre ce que je dis et ce que je fais… La plupart des gens sont plein de bons sentiments et de bonnes intentions, mais c’est souvent plus facile à dire qu’à mettre en pratique.
11. L’Interlude « SMS » sent le vécu. Est-ce un épisode qui vous est déjà arrivé ?
OCKNEY : Pas exactement comme ça mais bon…On en connait des mecs qui déclarent pas leurs plans à leurs potes parce qu’ils ont peur que tu niques leur soirée ou parce qu’ils savent que s’ils les emmènent ça va diminuer leur chance de serrer !

12. « Ambiance Festive » raconte une soirée, digne de celles de Marc Dorcel, qui succède au très bon « Sunset Bitch » (qu’on peut retrouver sur « Fonds de Tiroir », ndlr). DIKENS, est-ce le seul genre de morceaux sur lesquels tu te sens le plus à l’aise ?
DIKENS : En fait, « Ambiance Festive », c’est un peu la suite de « Sunset Bitch ». J’aime bien ce style de thème et je voulais varier par rapport aux autres morceaux du CD. Parler des embrouilles de quartier ou de la misère dans le monde me saoule un peu. Ce sont des thèmes qui reviennent trop souvent dans les albums de rap.
13. Le titre « Chronique d’un Monde en Sursis » parle de lui-même. À l’époque où vous écriviez ce morceau, la ‘crise’ que nous sommes en train de vivre n’était pas autant d’actualité. Quel regard portez-vous sur ce nouvel évènement ?
OCKNEY : J’ai écrit ce morceau parce que tous les jours il se passe quelque chose qui te fait dire qu’on vit dans un monde de ouf’ et que tout part en boulette aux quatre coins du globe. Honnêtement, la crise financière j’en ai rien à foutre, y a des trucs beaucoup plus graves que ça qui se passe tous les jours. Et puis d’un autre côté, je me dis que c’est vraiment chaud comment aujourd’hui tout repose sur l’oseille.
14. Dans le morceau « Rap t’es Où ? », DUCE fait un constat sur l’état actuel du Rap Français. Le succès récent de SEFYU (cité dans le morceau) est-il une bonne chose selon vous pour faire avancer le Rap ?
OCKNEY : Je trouve que c’est bien : il y a dix ans un mec comme SEFYU n’aurait peut être pas percé. A part NTM et IAM, le seul rap qu’on pouvait entendre à la radio, les seuls clips de rap qu’on pouvait voir à la TV, c’étaient des trucs commerciaux inécoutables. Aujourd’hui il y a pas mal de mecs qui percent et qui font du bon son, on ne va pas s’en plaindre.
JERRICAN : Personnellement je n’écoute pas du tout les soi disant « grosses sorties » Rap français actuelles donc est-ce que c’est positif ? Je ne peux pas répondre vu que je n’écoute pas… Je me suis tourné vers la scène hip hop spé qui elle est certes moins médiatisée mais beaucoup plus intéressante et bien plus originale que ce qu’on peut entendre partout. J’écoute des groupes comme LA CAUTION, LES SVINKELS, GREMS, TRIPTIK ou encore DSL pour t’en citer quelques un. Je ne me sens pas concerné par ce que j’entends à la radio et encore moins par les clips qui passent à la télé.
15. « Fallait pas m’inviter » montre qu’il ne faut pas vous sortir en soirée !!! Êtes-vous aussi ‘insortables’ que ça ? Ou bien est-ce un morceau délire ?
OCKNEY : Tout est une question de point de vue : si tu viens avec nous en soirée tu vas rigoler, par contre si la soirée est chez toi, ça va peut être te saouler un peu plus…
En fait ce son nous a été inspiré par nos expériences quand on avait 17/18 ans et qu’on était encore au lycée. Dès qu’un de nous avait un plan, il appelait tout le monde et on débarquait tous. On faisait rien de bien méchant mais bon je comprends que ça crée une sorte de malaise et que ça plaise pas à tout le monde quand t’as 20 ‘bougs’ qui s’invitent chez toi pour vider le frigo, le bar et draguer ta meuf !
16. « Voir la Vie » clôt d’une bonne manière ce premier opus qui, j’espère, aura une très longue espérance de vie et fera d’autres petits. J’ai cru comprendre qu’un autre projet était en cours d’élaboration. Pouvez-vous nous en dire plus ?
JERRICAN : Pour l’instant on enregistre des nouveaux titres mais on ne sait pas encore ce qu’on va en faire. On en est juste au stade de maquettes. Sinon y’a d’autres projets qu’on nous a proposé mais je ne préfère pas encore t’en parler car ce n’est pas encore concret. Des que ça prendra forme je n’hésiterais pas à t’informer. Mais je pense que si on fait un EP ou un 2ème album, ce sera uniquement disponible en téléchargement gratuit
17. LA FABRIK, je vous remercie du temps que vous m’avez accordé et je vous laisse le mot de la fin !!!
JERRICAN : Tout d’abord merci à RADIO UNDA pour le soutien, on apprécie vraiment.
http://www.lafabrik-dodj.fr c’est le nom de notre site. Toutes les infos, les liens pour se procurer l’album y sont donc si tu aimes ce qu’on fait, n’hésite pas à te procurer l’album!!
Peace
Plus d’infos sur : http://www.lafabrik-dodj.fr ou http://www.myspace.com/lafabrik
N.B => Fiche sur l’album « La Fabrik » de LA FABRIK
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[...] Interview LA FABRIK | Radio UNDA Said, [...]
Posté le novembre 18th, 2009 à 15 h 10 min
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