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Interview SYCLONE

Posté par Guillaume

SYCLONE

01. Salut SYCLONE, la forme?! Tout d’abord merci à toi d’avoir accepté cette interview! Peux-tu te présenter pour les auditeurs qui ne connaitraient pas?

Salut, ça va tranquille… Merci à toi pour l’interview c’est cool … Donc moi, c’est SYCLONE du groupe DYSLEXIE.

02. D’où te vient ce pseudo de SYCLONE ? Tu es là pour dévaster le Rap Français ?

Non pas du tout (rires). En fait, ça remonte à loin, dix ans en arrière. À cette époque, je ‘bédavais’ grave, j’étais tout le temps sur orbite, et à chaque fois que j’allais chez des potos, j’avais la fâcheuse tendance à casser quelque chose involontairement. La pure maladresse d’un jeune défoncé. C’est à partir de là qu’on m’a surnommé SYCLONE. De plus, ça colle assez bien à ma personnalité, j’ai l’habitude de ne pas faire les choses à moitié, d’être à fond dans ce que j’entreprends.
Cela dit, je n’ai pas la prétention de vouloir dévaster le Rap Français, mais plutôt d’ajouter une pierre à son édifice, d’apporter un courant d’air frais.

03. Quelles sont tes influences musicales? D’où te vient cette envie de faire du Rap ?

Je suis passionné de musique depuis que je suis gamin. Je suis tombé dans le Hip-Hop en découvrant chez moi un vinyle de PUBLIC ENEMY, puis DE LA SOUL, et les premiers albums de IAM et NTM.

04. Tu as créé le groupe DYSLEXIE avec ton frère si j’ai bien suivi ton parcours. À quel moment vous êtes-vous dit que vous alliez vous mettre au Rap ?

En faîte, j’ai créé le groupe DYSLEXIE avec TWOMA qui n’est pas mon frère, mais qui à l’époque gravitais dans son sillage, de par le graffiti et la proximité du quartier dans lequel nous résidions tous. Mon grand frère venait juste de monter un home studio (FOLIMER), il faisait les prods, et moi j’écrivais quelques bouts de textes. Un jour, TWOMA est venu, on a posé un morceau. Peu après, CRAPULE O MICK et C.KEL ont rejoint le collectif.

05. Dans ta discographie, j’ai pu voir qu’avec DYSLEXIE, vous aviez posé un morceau sur la compilation « Néochrome Volume 2 » (morceau également disponible sur « Néochrome Collect’Or », dernier morceau du CD, ndlr). Comment s’est faite la connexion avec la team de YONEA ?

À cette même époque, mon grand frère rencontre YONEA par le biais de LOKO. Ils ont l’idée de faire une tape réunissant un maximum de MCs. Au début, les enregistrements se faisaient chez LOKO, puis se sont délocalisés à FOLIMER. Nous étions souvent là donc ça s’est fait assez naturellement.

SYCLONE

06. Tu as eu une actualité il y a peu avec la sortie de ton premier album solo, intitulé « Dyslexik Anonyme ». Dans quel état d’esprit as-tu abordé ce projet ?

« Dyslexik Anonyme » est un projet qui a commencé à mon retour sur Paris en 2002, après un internement psychiatrique pour raisons diverses. Le label FOLISTAR, à l’époque basé à Montreuil dans le studio FOLIMER, m’a proposé d’enregistrer un album. J’y ai enregistré une dizaine de morceaux qui ont servi à démarcher une distribution.
Les portes nous ont été fermées et mon projet a été mis de côté. J’ai alors pris la décision de quitter le label, avec qui j’entretiens toujours de bonnes relations, et j’ai continué à maquetter chez moi dans mon home studio.
J’ai donc opté pour une sortie via Internet pour ne pas voir ce projet « mourir », j’ai pris quelques morceaux enregistrés à FOLIMER et d’autres sons plus récents, sortis de mon propre studio, puis nous avons finalisé le projet avec 4 (SWC).

07. Je crois que tu es également producteur de tout l’album. Était-ce important de te prouver que tu pouvais gérer tous les aspects d’un album tout seul (de la production à la réalisation, en passant par l’écriture) ?

C’est vrai que c’était un sacré challenge de produire intégralement l’album, surtout pour avoir différentes couleurs sonores, plusieurs ambiances, différents styles. Mais en tant que beatmaker, les sons que je produis ont tendance à directement m’inspirer, donc je prends la plume, j’écris sur la musique, je pose, je pré-mix, et le morceau est pratiquement bouclé.
Donc, en terme de temps c’est ‘chan-mé’, pas besoin d’attendre un autre producteur, qu’il soit disponible etc. Cela me permet d’avoir une indépendance quasi-totale sur la création d’un morceau.
De plus, j’essaie de ne bosser qu’avec des gens que je connais ou avec qui j’ai un certain feeling, donc, ne connaissant pas énormément de beatmakers, ça limite forcément les connexions.

08. Au niveau des featurings, il y en a peu, mais ceux auxquels tu as fait appel sont pour la plupart connus. Comment se sont faites les connexions ?

Les feats sont rares, car j’ai voulu faire l’album « en famille ». On y retrouve donc CRAPULE O MICK, qui est membre de DYSLEXIE ; TIDO BERMAN avec qui on a grandi dans la vie et artistiquement ; LA CAUTION, de bons gars proches du collectif ; SHÉLIYA, une chanteuse issue du gospel, à qui on avait fait appel à l’époque de FOLIMER, qui a simplement une pure voix ; SIDI OMAR qui est pour moi un des meilleurs MCs parisiens, à qui j’ai fait appel pour le titre « Flagrant Délit », et enfin SOSO qui est une artiste en devenir, proche de notre équipe artistique.

09. L’intro, très bien construite en passant, a été faite avec DJ GERO. Ce n’est pas forcément un choix auquel j’aurai pensé de prime abord, pourquoi l’avoir sollicité ?

Une fois de plus, la proximité fait bien les choses. J’ai rencontré DJ GERO à l’époque de la compilation « Mémoires Vives », lors de la tournée des radios universitaires pour la promotion du projet. Par la suite, il m’a invité sur divers projets, il me semblait naturel qu’il se retrouve sur mon album.

10. Dans le morceau « Où sont passés les kainris ?!? », tu dresses un portrait assez sévère sur les américains. Penses-tu que leur hégémonie (dans tous les domaines d’ailleurs) ne soit plus aussi importante qu’auparavant ?

Ce morceau m’est venu à la suite d’une interview d’EMINEM qui avait appelé son album « Encore », employé régulièrement dans le language américain. Le journaliste lui demande la traduction du mot « encore » en français, et il a été incapable de lui répondre. J’ai trouvé ça ouf qu’un MC aussi connu internationalement ne sache même pas ce que veut réellement dire le titre de son album.
Sinon, c’est vrai que le portrait est sévère. J’aurai également pu faire la version française « Où sont passés les céfrans ? », et cibler tous nos défauts. Nos sociétés se ressemblent énormément. J’ai simplement fait un triste constat des failles américaines que tu peux également retranscrire en France.
Leur hégémonie est due à la vaste superficie de leur territoire, elle est toujours aussi importante. Après la bêtise, elle, est partout, pas seulement au Etats Unis. Depuis que je suis gamin, j’ai toujours rêvé d’aller là bas, j’ai une profonde admiration pour ce pays, et paradoxalement, je suis parfois effaré de leur comportement.

SYCLONE

11. Avec le titre « La Ure », j’ai trouvé que tu abordes de façon bien originale la rue, à l’heure où elle est plus ou moins glorifiée par beaucoup de Rappeurs. Que penses-tu de cette tendance ?

En dehors de ma passion musicale, je travaille dans le social auprès de jeunes qui sont parfois en difficulté. Je trouve que glorifier la rue ne peut pas être bénéfique pour les prochaines générations. Avec l’expérience qui m’est propre, j’essaie de les guider à ma manière. Si je peux leur faire éviter quelques murs, je serai heureux. Je suis plutôt partisan d’un Rap conscient, avec un message, et j’ai vite compris, en découvrant le Hip-Hop, que celui-ci était un art qui véhiculait des valeurs, un état d’esprit revendicatif et positif.
Pour mon public, j’essaie d’adopter le même combat, je ne veux pas faire une chose dans la vie et rapper le contraire.

12. « Famille Nombreuse » est un morceau autobiographique. Était-ce un moyen de faire le point sur ton parcours rapologique et ta vie jusqu’à présent ?

Tout à fait, ce morceau est comme un bilan écrit à l’âge adulte. C’est aussi un moyen de me livrer un peu, pour faire comprendre qui je suis et d’où je viens.

13. On va aborder une question un peu plus directe qui concerne le morceau « Adultère Story » (pas besoin d’expliciter le titre, il parle de lui-même). Est-ce une histoire qui te soit arrivé ou une pure invention ?

C’est un peu des deux, je me suis inspiré de quelques cicatrices sentimentales pour écrire une fiction torturée. Souvent dans ce genre de morceau, entre une femme et un homme, c’est souvent l’un des deux qui souffre à cause de l’autre qui trompe. Dans ce morceau, sans le savoir, les deux sont des bourreaux.

14. Dans le morceau « Perdu de Vue », tu abordes les chemins différents que tes potes et toi avaient pris. Avec du recul, aurais-tu agi différemment ?

Pas le temps pour les regrets, ce morceau est un hommage à mon quartier (11ème), c’est mon côté nostalgique des bons moments, pour la plupart des gens c’est la même. Les potes que l’on a au collège, ne sont plus là à l’âge adulte : certains se rangent, se marient, font des enfants, donc forcément les chemins prennent d’autres directions, c’est la vie.
Pour moi, j’ai agi comme je pouvais, j’ai certainement pris du recul aussi, sur ma propre existence, sur mes choix, sur ma vie professionnelle et artistique, donc je suis aussi un peu coupable d’en avoir perdu de vue.

15. Le morceau « Succès Rapide » permettra peut-être aux jeunes Rappeurs de prendre conscience du temps qu’il faut pour se créer une carrière. Était-ce l’objectif du morceau ou bien suis-je à côté de la plaque ?

Sisi, c’est carrément ça !!! (rires) C’est un morceau que j’ai écrit pour me remettre les pieds sur terre, pour éviter de me faire trop d’illusions sur la suite des événements.
En effet, cela fait plus de dix piges que je suis dans la musique, et honnêtement, aujourd’hui, je fais ça pour le kiff. Je conseille aux jeunes rappeurs d’en faire de même, car la chute peut être douloureuse, surtout avec la crise de l’industrie du disque, il y’a peu de places pour peu d’élus. J’espère encore, j’ai l’espoir d’y arriver à présent ; cela dit je n’y mets plus toutes mes billes.

SYCLONE

16. Tes morceaux correspondent à des épisodes particuliers de ta vie (notamment les morceaux « À Tort » ou « Si t’as pas la Chance »). L’écriture est-elle une thérapie pour toi ?

Carrément, le fait même de poser un morceau sur une étape douloureuse de ma vie me permet de continuer à vivre, c’est essentiel. Une fois enregistré, le morceau referme mes cicatrices.
Je pense que c’est trop dur de garder tous ses problèmes pour soi. C’est pourquoi les gens vont voir des psys ou des amis à l’écoute de leurs soucis. Moi, mon meilleur pote dans ces moments là, c’est mon home studio.

17. Quand t’es-tu rendu compte de cet impact de l’écriture dans ta vie ?

Au début, vers 14 ans, j’écrivais des textes qui ne ressemblaient à rien. Peu après, ayant acquis certaines techniques d’écriture, j’ai commencé à comprendre que l’on pouvait donner un sens à nos écrits. C’est lorsque j’ai compris que l’écriture pouvait faire passer un message, ou qu’elle pouvait me faire du bien, qu’elle a réellement eu un impact dans ma vie.

18. Tu as sorti le 25 Décembre 2008 un projet en Téléchargement Gratuit, en guise de « Mise En Bouche » à ton 2nd album à venir courant 2009. Peux-tu nous parler plus longuement de ces 2 projets ?

Alors, tout d’abord, « Mise En Bouche », est mon 2ème album. Il est un peu la continuité de « Dyslexik Anonyme ». Pour la plupart, il s’agit de morceaux enregistrés à la même période, c’est un peu une ‘blacklist’. On peut y retrouver de nombreux feats : DYSLEXIE, GRAIN D’CAF d’OCTOBRE ROUGE, DAABAZ, JAMALSKY, KARES, LOFTY, SHÉLIYA, FRER 200, KAMIKYZER, GOM, DJBS, KANABISS. Il est sorti le 25 décembre, j’ai trouvé le concept original pour annoncer le 3ème album « Bouches À Oreilles » prévu pour le printemps 2009.
De plus, ce deuxième album est en téléchargement gratuit. Je pense qu’avec la crise du disque, le piratage sur Internet, il est plus judicieux de donner aux auditeurs un peu de gratuité pour faire du buzz et pourquoi pas vivre de quelques ventes ou de quelques concerts par la suite.

19. SYCLONE, je te remercie d’avoir pris le temps de répondre à cette interview, et je te laisse le mot de la fin………

Restez à l’écoute… Le meilleur est à venir… Paix

Propos recueillis par : GUILLAUME | 2009 © RADIO UNDA


Plus d’infos sur : Myspace Officiel de SYCLONE MC

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